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INITIATION À LA LECTURE

INITIATION À LA LECTURE

Prénoms/Nom : Adou BOUATENIN
Fonction : Enseignant-Chercheur
Grade : Assistant
Spécialité : Poésie francophone
Adresse : 0595134589
Institution : Université Félix Houphouët-Boigny
Mél : bouatenin.adou@ufhb.edu.ci


Objectifs : 
-    Apprendre aux élèves du collège et du lycée quelques techniques (les différents types) de lecture.
-    Former chez les élèves l’adoption d’une conscience esthétique.
-    Susciter chez eux (les élèves) une attitude réflexive face à la lecture.

Résultats : 
-    L’élève doit être capable de lire des œuvres littéraires pour appréhender la polysémie du texte.
-    L’élève doit avoir des gestes lecturaux ou professionnels.

Introduction

    Qu’est-ce que la lecture ? Comment lire une œuvre littéraire ? Comment amener les élèves à s’intéresser à la lecture des œuvres littéraires ? Ce sont là quelques questions légitimes que chacun de nous a eues à se poser. Lire un quelconque texte, c’est avant tout savoir qu’on est en communion, en dialogue, en causerie avec une personne, puisque le texte « l’œuvre se nourrit de lectures, d’impressions, de souvenirs… » (Mauron, 1963 :222) de son auteur, parce que le texte littéraire a également une âme, une personnalité et une sensibilité... L’œuvre et son auteur, en réalité, nous parlent, et nous les écoutons. Pour les comprendre, il faut décoder leur message, ce qu’ils disent. Ce décodage est ce que l’on peut appeler lecture. Autrement dit, la lecture peut être définie comme une construction de sens résultant de la rencontre entre un lecteur et un texte écrit. Cette interaction permet la construction de significations (compréhension et interprétation) et l’appréciation. Toutefois, il faut rappeler que la lecture est personnelle. On lit parce qu’on veut atteindre un tel objectif. Cependant, aborder les œuvres littéraires, rien n’est pire que la critique. Il s’agit d’une certaine critique qui se paie de mots, qui tient un discours sur l’œuvre d’art sans partir du cœur de celle-ci. L’amour seul peut les saisir, les garder, être juste envers elles (Rilke). En fait, elles ne sont pas faites pour être paraphrasées, interprétées ou commentées. Elles ont été faites pour être aimées par nous. En les aimant, elles s’ouvrent à nous, et elles se laissent découvrir leur quintessence. La lecture, c’est un sentiment, une sensation, une expérience vécue, une question de rencontre et non pas une opération intellectuelle. Sachant que le cours de français ne peut à lui seul former un « lecteur tout terrain », nous avons été sollicité pour vous entretenir de la lecture. De ce fait, nous parlerons en un (1) des différents types de lecture, en deux (2) des principales approches des œuvres littéraires, et en trois (3) la lecture et l’intelligence artificielle. Tel est le plan adopté pour notre intervention.

1-    Les différents types de lecture

    Il existe assez de types de lecture. On peut citer entre autres la lecture sélective, la lecture en diagonale, la lecture de base, la lecture active, etc. De ces nombreux types de lecture, nous en avons distingué ou retenu trois. Il s’agit de la lecture littérale, de la lecture littéraire et de la lecture poétique.
    La lecture littérale consiste à comprendre les idées, les informations données de façon explicite par l’auteur dans un texte. On repère des informations, des idées ou des situations apparaissant clairement dans le texte. Souvent, on se contente de la page de couverture ou de la présentation de l’œuvre voire des résumés de l’œuvre faits par une tierce personne. Le lecteur reçoit les informations telles que données par l’écrivain, et il s’en contente sans effort de discernement. Cette lecture s’apparente à la lecture sélective et à la lecture en diagonale. Elle s’avère inopérante et requiert d’autres clefs d’interprétation.
    Quant à la lecture littéraire, elle consiste à découvrir les informations implicites du texte ou de l’œuvre. Il y a un souci de comprendre le texte puisqu’on se dit que l’œuvre littéraire est polysémique. Cette lecture allie compréhension et interprétation. Elle est dite lecture de base. L’œuvre est entièrement lue ainsi que les résumés selon le rythme du lecteur. Elle est pratiquée dans le cas d’un exercice scolaire ou universitaire, d’une critique littéraire. Elle est souvent associée à la lecture méthodique, à la lecture suivie ou dirigée, au commentaire composé ou de texte. Dans ce cas, il s’agit d’un extrait de texte que l’on propose pour la lecture.
    Concernant la lecture poétique, elle n’est pas la lecture d’un poème. C’est la lecture littéraire d’un autre degré. Elle est dite active, et elle consiste à considérer les sous-entendus, les présupposés, l’intention de l’œuvre, à analyser son contenu, à comprendre et à assimiler. Elle permet de voir, entendre, sentir et imaginer. Puisqu’il n’y a pas une signification unique sur laquelle pourraient s’accorder l’auteur et le lecteur, c’est au lecteur de découvrir l’une des significations de l’œuvre et de la lui prêter. Cette lecture ne néglige pas le savoir et l’émotion ; d’où la sensibilité doit être guidée par l’intelligence, et l’intelligence par la sensibilité. Elle s’enracine dans l’environnement social et matériel. Elle est découverte, compréhension et interprétation. Il s’agit de découvrir, de comprendre et d’expliciter ce qui n’est pas exprimé clairement, mais seulement suggéré. Elle peut s’appliquer également à un extrait de texte.
    Avant de passer au second point, nous vous prions de lire ces deux phrases et de nous dire ce qu’elles disent :
P1 : Number one, la bière fraîche comme les filles d’ici.
P2 : Où est ta maman ? Elle est au salon avec sa fille.
    Lecture littérale
P1 : La bière est fraîche et les filles d’ici sont également fraîches.
P2 : Maman est au salon avec sa fille.
    Lecture littéraire
P1 : La bière est une personne fraîche et les filles d’ici sont des choses fraîches.
P2 : Maman a une autre fille.
    Lecture poétique
P1 : Les filles d’ici sont des prostituées.
P2 : Elle n’est pas ma maman.
Sur ce, passons au second point de notre intervention.

2-    Les principales approches des œuvres littéraires

    Les œuvres littéraires sont polysémiques et elles nécessitent des approches pour être lues et comprises. Ces approches concernent ceux qui veulent approfondir la lecture des œuvres littéraires. Parmi les différentes approches, nous allons présenter brièvement les principales. Ce sont les approches sémantique, rhétorique, historique et psycho-socio-linguistique.
    L’approche sémantique est une méthode analytique qui aide à comprendre les significations, c’est-à-dire le sens des termes employés. Elle se concentre sur les intentions du texte, les émotions qu’il met en avant et les sentiments qui donnent du sens au message de l’auteur.
    Quant à l’approche rhétorique, elle permet – si nous nous trompons, le spécialiste nous le dira – de décrypter les stratégies d’énonciation, les intentions de l’auteur et les effets produits sur le lecteur. Cette approche mise sur la connaissance des genres littéraires, les types de texte, les images et figures rhétoriques, les différents types de narration ou de discours, etc.
    L’approche historique se base sur les implications historiques, sociales, les événements culturels, les niveaux intellectuels et les faits passés qui ont produit une œuvre pour tenter de la comprendre. Cette approche demande une connaissance historique, culturelle accrue de la part du lecteur.
    L’approche psycho-socio-linguistique, quant à elle, permet d’analyser les œuvres littéraires sous plusieurs angles complémentaires. Elle s’intéresse à l’état d’esprit de l’auteur, aux caractéristiques psychologiques des personnages, au contexte social et historique dans lequel l’œuvre a été écrite, à l’influence des normes et valeurs de la société sur les personnages et l’intrigue, au choix de vocabulaire (les figures de style, les registres de langue…).
    Voilà les principales approches des œuvres littéraires succinctement présentées. Nous espérons que chacun y trouvera son compte. Il nous reste donc le troisième point de notre intervention.

3-    La lecture et l’intelligence artificielle

    En termes simples, l’intelligence artificielle est une machine androïde capable de reproduire des comportements humains, tels que le raisonnement, la planification et la créativité artistique. Pour un écrivain, elle facilite la rédaction, nourrit la créativité et aide à polir le texte. Elle lui permet de trouver les mots justes en vue d’améliorer son style en détectant les clichés et les incohérences dans le texte. Pour un lecteur, elle peut produire automatiquement des résumés et proposer également des reformulations. Cependant, lire des œuvres littéraires et en saisir le sens, l’intelligence artificielle est incapable de penser et d’agir comme un humain. Cela signifie qu’elle ne pourra jamais lire les œuvres littéraires à la place du lecteur.
    Si la lecture est une expérience, une aventure, qui nous relie au monde, une manière parfois insoupçonnée de plonger en soi pour aller vers les Autres, nous disons que l’intelligence artificielle ne pourra jamais réaliser cette véritable expérience de la lecture. Elle est incapable de transformer le lecteur, de le toucher, de l’émouvoir et d’enrichir son bagage littéraire. Seule la lecture d’une œuvre concrète peut lui permettre de découvrir, de comprendre et d’expliciter ce qui n’est pas exprimé clairement, mais seulement suggéré.

Conclusion

    Nous vous avons d’abord parlé des différents types de lecture, ensuite des principales approches des œuvres littéraires, puis de la lecture et l’intelligence artificielle. Ce que nous retenons de cet exposé est que la lecture est un véritable décodage d’un texte quelconque. Cependant, notre attitude avec un livre est pareille à celle que nous avons avec un individu dans la rue qui nous accoste : soit nous nous arrêtons par politesse pour l’écouter, soit nous le dévisageons et continuons notre chemin, soit nous l’ignorons totalement. Dans tous les cas, nous faisons l’un comme l’autre. Avec le livre, nous vous invitons de vous arrêter par politesse pour l’écouter, c’est-à-dire le lire, parce que le livre n’est pas dangereux. Nous savons tous qu’il ne nous fera pas du mal comme l’individu qui nous accoste dans la rue dont l’incertitude de ses intentions suscite en nous la méfiance. Au contraire, le livre nous fera du bien si nous nous arrêtons pour écouter ce qu’il veut nous dire. Arrêtons-nous un moment pour lire le livre qui est sur la table de notre chambre ou à la bibliothèque qui nous interpelle, car lire, c’est écouter la voix de quelqu’un (autre que soi) ; lire, c’est apprendre à discerner ; lire, c’est voir à travers les yeux des autres, puisque l’œuvre littéraire transmet bien des choses à celui ou à celle qui l’accueille, et lui confie également des secrets. 
    Chères autorités, chers élèves, nous sommes au terme de notre intervention, nous vous invitons donc à lire beaucoup, car les livres ont tant de choses à vous dire, à vous confier, à vous raconter, à entreprendre une nouvelle aventure puisque les livres peuvent vous amener n’importe où... Et, après chaque lecture, il est important de faire des fiches de lecture. Nous vous remercions pour votre attention.

Bibliographie

Fish Stanley (2002), Quand lire c’est faire. L’autorité des communautés interprétatives. Traduit 
        de l’anglais par Etienne Dobenesque, Paris, Les prairies ordinaires, 
        « Penser/Croire ».
Jean-Louis Dufays (2002), « Les lectures littéraires : évolution et enjeux d’un concept », Tréma, 
        19/2002, pp. 5-16
Jean-Louis Dufays et al. (2005), Pour une lecture littéraire : Histoire, théories, pistes pour la 
        classe, Louvain-la-Neuve, De Boeck Supérieur, « Savoir en Pratique ».
Macé Marielle (2011), Façons de lire, manière d’être, Paris, les Éditions de Minuit, 
        « Critique ».
Magali Brunel et al. (dir) (2020), L’enseignement et l’apprentissage de la lecture aux différents 
        niveaux de la scolarité, Namur, Presses universitaires de Namur.
Pape François (2024) , Lettre du Pape François sur le rôle de la littérature dans la formation,
        Dicastero per la Comunicazione - Libreria Editrice Vaticana, le 17 juillet 2024.
Picard Michel (1986), Lecture comme jeu. Essai sur la littérature, Paris, Gallimard, « nrf 
        essais ».
Pierre Dyfayet et Yvette Jenger (1977), Le comment de la poésie, Paris, les Éditions ESF.
Sylviane Ahr (dir.) (2018), Former à la lecture littéraire, Paris, Canopé Éditions.
 

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